Admiration (Éducation)

Introduction

Les dossiers de la série Le citoyen du Québec ont tous la même structure :IntroductionPrincipe, Renseignements pratiques, Illustrations, Enjeux, Jalons, Vigilance, Sources.

Principe : nous explicitons d’abord le principe.

Renseignements pratiques : il s’agit d’un court guide sur les services correspondant aux aspects de la vie publique : santé…

Illustrations : Personnes, événements, lieux, œuvres illustrant le principe.

Enjeux : le contexte parfois difficile auquel un principe s’applique.

Jalons : étapes, actions significatives marquant le progrès dans le respect d’un principe.

Vigilance :  esprit critique à l'endroit des scandales et autres événements troublants qui détournent la société du principe en cause.

 

Sources : Livres, Revues, Sites, Articles, Vidéos, Audios

PRINCIPE

Selon le Littré l'admiration est «un sentiment excité par ce qui est beau, merveilleux, sublime.» Selon le Micro Robert, elle est «un sentiment de joie et d'épanouissement devant ce qu'on juge supérieurement beau ou grand.» Puisque l'un peut juger beau ce que l'autre juge laid, l'admiration, dans le second cas, n'a aucune valeur en elle-même.

Aux confins de la vie affective et de la vie intellectuelle, l'admiration donne la mesure de la qualité d'un être. «Devant la supériorité, disait Goethe, il n'y a de salut que dans l'amour.» Un amour qui commence par de l'admiration. Signe de richesse affective, elle est,  quand elle devient excessive, un signe de manque d'identité et parfois d'hystérie, comme en témoigne l'enthousiasme tapageur que suscitent certains chanteurs médiocres. Les mêmes fans peuvent très bien ensuite se montrer incapables d'admirer ce qui mérite de l'être. On ne peut donner son assentiment à l'authentique grandeur sans prendre douloureusement la mesure de soi-même. «L'envie a l'éblouissement douloureux». Hugo fait ainsi écho à un autre grand, Goethe: «devant la supériorité il n'y a de salut que dans l'amour». L'homme du ressentiment dont parleront Nietzsche, Klages et Scheler est celui qui, n'étant pas capable d'un tel amour, ne pourra conserver un peu d'estime de lui-même qu'en dénigrant ce qui le dépasse et en s'attaquant, jusque dans le domaine des idées et des symboles à tout ce qui contrarie son idéalisation compensatoire de l'égalité. (J.D.)

«Il semble d’abord qu’on ne puisse concevoir d’autre façon d’admirer que celle où nous exerçons tout notre esprit sur une œuvre qui en triomphe. Le plus juste hommage qu’on puisse rendre à de grands hommes, c’est d’essayer de mesurer leur grandeur. L’admiration devient alors une critique éblouie, vaincue, convaincue, c’est un amour qui sait ses raisons, c’est la flamme de l’enthousiasme allumée sur les autels de la connaissance. Mais un pareil acte comporte d’abord un généreux, un magnifique aveu d’infériorité, au pied de ce qu’on admire; rien, en vérité, n’est plus fécond en promesses de supériorité véritable que cet aveu-là : tout de même, il faut le faire. On n’admire pas réellement sans se rattacher à un ensemble d’œuvres, d’idées, de principes, qu’on reconnaît bien plus important que soi. Or, on a trop aigri l’homme moderne, on a rendu l’individu trop rétif et trop rebelle pour qu’il se plie volontiers à une pareille subordination. La plupart de nos contemporains aiment mieux leur libre anarchie, où chacun d’eux décrète ce qui lui plaît. Pourtant, on ne saurait critiquer toujours : il faut, malgré tout, à des hommes qui vivent en commun, quelques rendez-vous où ils puissent être d’accord. Ainsi, au milieu de la discorde ordinaire des opinions, on se fait quelques noms sacrés; quelques réputations surgissent, auxquelles il est entendu que nul n’attente : seulement ces nouvelles admirations ne se caractérisent plus par l’exercice, mais au contraire par l’abandon de nos facultés : on jette ses armes au pied du Dieu qu’on s’est donné.»

Abel Bonnard, passage de Variations de la gloire.

« Quoi de plus doux que l'admiration ? c'est de l'amour dans le ciel, de la tendresse élevée jusqu'au culte. On se sent pénétré de reconnaissance pour la divinité qui étend les bases de nos facultés, qui ouvre de nouvelles vues à notre âme, qui nous donne un bonheur si grand, si pur, sans aucun mélange de crainte ou d'envie. »

FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Mémoires d'outre-tombe

Pour le philosophe Jean-Paul Audet, la place considérable qu'y occupe l'admiration est le signe distinctif des religions les plus hautes.

«Or, c'est, je crois, une constatation certaine de l'histoire : une religion donnée ne conserve ses chances concrètes de demeurer libre à l'endroit du sacré qu'elle porte en elle, que dans la mesure où elle réussit à maintenir à une hauteur suffisante la perception admirative du divin qui fait en premier lieu qu'elle est religion. Si l'on veut, plus cette perception admirative du divin dont je parle, s'élève dans la conscience des individus et des groupes en direction d'une vision et d'une proclamation de la grandeur divine, plus la religion concrète qui se nourrit de cette perception possède de chances historiques de se garder elle-même libre à l'égard du sacré qu'elle utilise dans son organisation et dans son culte. C'est donc, en dernière analyse, une certaine qualité de la perception admirative du divin qui décide, pour une religion donnée, de l'état concret du sacré qu'elle prend à son service, et du même coup, de l'état concret de la liberté qui sera alors laissée au profane. En principe à tout le moins, les religions les plus hautes, dans le sens que nous venons de définir, devraient être aussi bien celles où le profane pourrait normalement se sentir le plus libre dans ses initiatives et dans ses créations propres.

Inversement, toute atteinte portée à la perception admirative du divin dans une religion donnée ne peut se traduire, historiquement, que par une lente retombée, plus ou moins massive, de la valeur religieuse dans la valeur sacrale, jusqu'au point où, peut-être, le sacré, après avoir absorbé la presque totalité du religieux, décomposera la religion elle-même.»

Jean-Paul Audet, « La revanche de Prométhée ou Le drame de la religion et de la culture », Revue Biblique 73 (1966), p. 5-29

 

 

ENJEUX

Connaissances vs compétences

Toute activité comportant une acquisition de connaissances mérite un respect particulier. Le respect de ce principe est la première condition de cette éducation continue qui a toujours été souhaitable et qui est devenue nécessaire. Le principe implique que c'est l'acquisition de connaissances qui importe – et non l'institution qui a le monopole des diplômes.

La connaissance, sous toutes ses formes, de la notation des faits, au raisonnement le plus subtil et à l’éblouissement devant un chef d’oeuvre, si elle a toujours été un bien, n’a jamais été une obligation, du moins pas au degré où elle l’est aujourd’hui. Le paysan de jadis pouvait remplir ses obligations fondamentales avec un minimum de connaissances et de scolarité.

Il n’en est plus ainsi. Pour pouvoir bien agir localement, il faut désormais penser globalement, ce qui suppose que l’on connaisse les conséquences lointaines probables, dans l’espace et dans le temps, des actes que l’on pose ici et là aujourd’hui. Pour bien choisir tel ou tel bien de consommation, il faut aussi connaître le pays d’où il provient et les conditions dans lesquelles il a été produit.

Dans un tel contexte, la connaissance doit devenir pour tous ce qu’elle a toujours été pour une élite vraiment cultivée : elle doit se confondre avec la vie elle-même, être la respiration normale de l’intelligence. L’humanité dans son ensemble doit devenir ce que les Anglo-saxons appellent une learning organisation.

On devra en conséquence attacher de plus en plus d’importance à toutes les connaissances, aux connaissances philosophiques comme aux connaissances pratiques et techniques, quels que soient les lieux et la manière dont elles sont acquises. Dans la mesure où les diplômes demeureront nécessaires, il faudra de plus en plus les dissocier de la scolarité formelle en donnant davantage accès à des examens conçus pour mesurer des connaissances acquises librement. Il faudra en outre que, dans le même esprit, on abolisse progressivement la frontière entre la période des études et la vraie vie qui commence ensuite et, le plus souvent, exclut l’étude.

À plus forte raison, faudra-il abolir toute distinction entre l’apprentissage et la connaissance qui risque d’aboutir au discrédit de la connaissance au profit d’une quelconque méthode pédagogique. Le grand défi est d’incorporer la vie à la connaissance et la connaissance à la vie. Une fois ce défi relevé, il n’y a rien à craindre des connaissances. Elles ne peuvent plus être exclusivement livresques. Les sens y ont désormais leur part.

Commentaires

 

Enjeux

Toute activité comportant une acquisition de connaissances mérite un respect particulier. Le respect de ce principe est la première condition de cette éducation continue qui a toujours été souhaitable et qui est devenue nécessaire. Le principe implique que c'est l'acquisition de connaissances qui importe – et non l'institution qui a le monopole des diplômes.

La connaissance, sous toutes ses formes, de la notation des faits, au raisonnement le plus subtil et à l’éblouissement devant un chef d’oeuvre, si elle a toujours été un bien, n’a jamais été une obligation, du moins pas au degré où elle l’est aujourd’hui. Le paysan de jadis pouvait remplir ses obligations fondamentales avec un minimum de connaissances et de scolarité.

Il n’en est plus ainsi. Pour pouvoir bien agir localement, il faut désormais penser globalement, ce qui suppose que l’on connaisse les conséquences lointaines probables, dans l’espace et dans le temps, des actes que l’on pose ici et là aujourd’hui. Pour bien choisir tel ou tel bien de consommation, il faut aussi connaître le pays d’où il provient et les conditions dans lesquelles il a été produit.

Dans un tel contexte, la connaissance doit devenir pour tous ce qu’elle a toujours été pour une élite vraiment cultivée : elle doit se confondre avec la vie elle-même, être la respiration normale de l’intelligence. L’humanité dans son ensemble doit devenir ce que les Anglo-saxons appellent une learning organisation.

 

On devra en conséquence attacher de plus en plus d’importance à toutes les connaissances, aux connaissances philosophiques comme aux connaissances pratiques et techniques, quels que soient les lieux et la manière dont elles sont acquises. Dans la mesure où les diplômes demeureront nécessaires, il faudra de plus en plus les dissocier de la scolarité formelle en donnant davantage accès à des examens conçus pour mesurer des connaissances acquises librement. Il faudra en outre que, dans le même esprit, on abolisse progressivement la frontière entre la période des études et la vraie vie qui commence ensuite et, le plus souvent, exclut l’étude.

À plus forte raison, faudra-il abolir toute distinction entre l’apprentissage et la connaissance qui risque d’aboutir au discrédit de la connaissance au profit d’une quelconque méthode pédagogique. Le grand défi est d’incorporer la vie à la connaissance et la connaissance à la vie. Une fois ce défi relevé, il n’y a rien à craindre des connaissances. Elles ne peuvent plus être exclusivement livresques. Les sens y ont désormais leur part.