Cohérence (Gouvernance)

Introduction

Les dossiers de la série Le citoyen du Québec ont tous la même structure :IntroductionPrincipe, Renseignements pratiques, Illustrations, Enjeux, Jalons, Vigilance, Sources.

Principe : nous explicitons d’abord le principe.

Renseignements pratiques : il s’agit d’un court guide sur les services correspondant aux aspects de la vie publique : santé…

Illustrations : Personnes, événements, lieux, œuvres illustrant le principe.

Enjeux : le contexte parfois difficile auquel un principe s’applique.

Jalons : étapes, actions significatives marquant le progrès dans le respect d’un principe.

Vigilance :  esprit critique à l'endroit des scandales et autres événements troublants qui détournent la société du principe en cause.

Sources : Livres, Revues, Sites, Articles, Vidéos, Audios

 

Principe

Suite dans ses idées, suite entre ses idées ses actes, fidélité à ses choix, telle est la face rationnelle de la cohérence. La face vivante est caractérisée par la capacité d'adaptation. Ce principe revêt une importance particulière dans les époques, comme la nôtre, propice à l'éclatement des savoirs et des valeurs.

La cohérence est nécessaire en tant que fondement des convictions et par suite de l'esprit critique et de la constance dans l’action. Dans le Québec d'hier le marxisme, dans le Québec d'avant- hier la doctrine catholique pouvait servir à fonder des convictions permettant d'opposer une certaine résistance à la société de consommation. Ces deux bases ne sont plus que des îlots  à la dérive parmi une multitude d'autres. Internet a renforcé cette tendance, toutes les opinions s'y étalent sans hiérarchie autre que celle que chacun peut construire pour son propre compte.

Nous entrons au même moment dans l'ère de la complexité et de mondialisation où il est de plus en plus important de voir loin dans l'espace et dans le temps et de relier entre eux des actes et des événements dont on aurait pu autrefois ignorer impunément l'existence. Et les défis auxquels nous faisons face, qu'ils soient liés aux changements climatiques, aux changements démographiques ou au pic pétrolier ne nous permettent pas de reporter notre engagement indéfiniment.

La création d'une liste de principes est elle-même un exercice de cohérence et une telle liste est le meilleur service qu'une collectivité peut rendre à ses membres en ce moment. Cet exercice comporte toutefois des risques dont il faut être conscient. La vie en société, surtout quand il s'agit là d'une société pluraliste, exige des compromis qui peuvent êtres ressentis par certains comme des atteintes à la cohérence. Si par contre on accueille toutes les contrariétés avec indifférence, si l'on est prêt à tous les compromis, on devient complice d'une dérive de l'ensemble de la société vers un laisser-faire pouvant conduire à l'avilissement.

Jusqu'où pousser la cohérence? La question de la limite se pose ici comme dans tant d'autres domaines. Et nous savons que la qualité de notre réponse dépend de la solidité et de la souplesse de nos hiérarchies et donc du degré de cohérence que nous avons atteint. Car la souplesse et la capacité d'adaptation font partie de la cohérence des êtres vivants, dont nous sommes.

Prenons l'exemple d'un aidant naturel qui prend l'engagement de veiller sur ses parents jusqu'à leur mort. Si cet aidant désire rester cohérent avec son engagement, il doit d'abord veiller sur sa propre santé, au risque de paraître dur à ses parents. L'essentiel pour lui est de tenir aussi longtemps qu'il faut. Malade ou aigri, quel soutien serait-il pour ses parents? Ce qui nous fait découvrir un autre aspect de la cohérence. Veiller sur sa propre santé physique et psychologique est déjà une chose difficile. Veiller sur sa santé morale exige presque du génie. Cela suppose que l'on sache comment éviter de vivre au-dessus de ses moyens spirituels. Nous présumons ici que ce sont des mobiles d'ordre spirituel qui sont à l'origine de l'engagement de l'aidant. Ces mobiles, si élevés soient-ils, ont aussi leurs limites. Et quand on vit au-dessus de ses moyens spirituels, on perd la conscience de leurs limites et l'on fait payer cette démesure aux autres, et d'abord à ceux qu'on veut aider, sous la forme du ressentiment.

 Mutatis mutandis, une chef d'État doit faire preuve de la même cohérence souple dans de nombreuses circonstances. La décision de réduire les émissions de gaz à effet de serre oblige à une série de décisions contraires aux intérêts des uns ou des autres. Le gouvernement du Québec ne devrait-il pas s'opposer au retour de la course de Formule 1 à Montréal? N'est-ce pas une activité négative eu égard aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre? Mais encore faut-il s'assurer que la société québécoise, et en particulier les premiers intéressés, les commerçants de Montréal, ont les convictions et la force morale requises pour faire face à cette difficulté sans envenimer le climat social au point que cela puisse avoir, même sur le plan écologique, des conséquences pires que la Formule 1.