De Rambo à saint Augustin par Dominic Doucet

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Bernard Rambo Gauthier est un syndicaliste québécois, de la Côte-Nord, il faut le préciser, qui se flatte d'être fort en gueule, (de recourir àl'intimidation) parce que, dit-il, cela le dispense d'être un fier à bras. Il comparaissait récemment devant une commission d'enquête, la commission Charbonneau qui avait déjà vu défiler des chefs de grandes entreprises honteux d'avoir acheté des contrats en faisant des dons généreux à un parti politique. Aucune trace de honte chez Rambo: il défendait, disait-il,  les ouvriers de sa région  contre ceux qui venaient de l'extérieur leur voler leur emploi. On peut penser qu'il défendait d'abord les membres de son syndicat, contre ceux des syndicats rivaux. Quoiqu'il en soit, il a séduit un public dont on s'attendait à ce qu''il le juge sévèrement. Voici le commentaire d’un représentant de ce public, Dominic Doucet.

«Ce commentaire n’est pas journalistique. Je ne cherche pas à établir la véracité des propos des différents intervenants de la Commission Charbonneau. Je réfléchis à partir  l’étonnement  que j’ai éprouvé en regardant la Commission Charbonneau à la télévision.

Bernard « Rambo » Gauthier m'a fasciné. En premier lieu, en raison de sa façon de discuter : il n'a pas la langue de bois des politiciens. Il n'est pas un acteur. Il n'a pas cherché à se défiler, à se cacher derrière des peut-être, des oublis. Bref, il assumait ses actions.

En deuxième lieu, dans le mauvais français de la Côte-Nord, il exprimait des idées essentielles sur l'ordre et le pouvoir. En résumé, il disait que sans lui ce serait l'anarchie et le chacun pour soi  parmi les travailleurs de la construction de la Côte-Nord. Sa méthode forte permettrait d'assurer un ordre et une paix sociale. « Quelque chose qui n’est pas structuré est à risque» dit-il.

En face de lui, les commissaires!  Je ne pouvais m'empêcher de penser à ce texte de  saint Augustin dans la Cité de Dieu.

"En effet, que sont les empires sans la justice, sinon de grandes réunions de brigands ? Aussi bien, une réunion de brigands est-elle autre chose qu'un petit empire, puisqu'elle forme une espèce de société gouvernée par un chef, liée par un contrat, et où le partage du butin se fait suivant certaines règles convenues? Que cette troupe malfaisante vienne à augmenter en  recrutant des hommes perdus, qu'elle s'empare de places pour y fixer sa domination, qu'elle prenne des villes, qu'elle subjugue des peuples, la voilà qui reçoit le nom de royaume, non parce qu'elle a dépouillé sa cupidité, mais parce qu'elle a su accroître son impunité. C'est ce qu'un pirate, tombé au pouvoir d'Alexandre le Grand, sut fort bien lui dire avec beaucoup de raison et d'esprit. Le roi lui ayant demandé pourquoi il troublait ainsi la mer, il lui repartit fièrement « Du même droit que tu troubles la terre. Mais comme je n'ai qu'un petit navire, on m'appelle pirate, et parce que tu as une grande flotte, on t'appelle conquérant"

D'après saint Augustin, la participation à la justice établit la distinction entre un pouvoir légitime et un pouvoir illégitime. Est-ce que le syndicat de la FTQ Côte-Nord est alors une grande réunion de brigands? Ou une réunion de travailleurs qui cherche à appliquer la justice par des méthodes  viriles